#03pourcent


Covid-19 et espérance de vie :
ce qu'on ne vous dit pas
(04/02/2021)


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De quelle vie parle-t-on ?

Le rapport de l'Insee sur la mortalité en 2020 est sorti, et toute la presse a annoncé le chiffre terrible qui en ressort : l'espérance de vie des Français a baissé en 2020 de six mois pour les hommes, et cinq mois pour les femmes. Ça fait peur... quand on ignore ce que cela signifie ! Et c'est bien le but recherché par cette presse inféodée à la politique anxiogène du gouvernement.

Alors, comment calcule-t-on l'espérance de vie ? C'est simple, on compte le pourcentage de personnes de chaque âge qui sont mortes au cours de l'année, et on en déduit l'âge moyen de la mort en 2020. Et le résultat, c'est la durée de vie moyenne d'une personne qui vivrait toute sa vie dans les conditions de cette année. Autrement dit, ce qu'on appelle l'espérance de vie à la naissance en 2020, c'est la durée de vie moyenne de quelqu'un qui vivrait une épidémie de covid éternelle sans être jamais immunisé, attrapant la maladie une quinzaine de fois (en estimant très raisonnablement qu'un peu moins de 20% de la population a été contaminée en 2020) ! Que dans ces conditions l'espérance de vie ne soit réduite que de cinq ou six mois montre plutôt à quel point cette maladie est peu mortelle, et notre acharnement à vouloir la contrôler à tout prix ridicule et suicidaire.

Si on cherche plutôt la perte de vie moyenne causée par le covid en 2020, c'est donc simple, il faut diviser ces cinq mois et demi par le nombre d'années de vie, donc par l'espérance de vie à la naissance, qui est de 82 ans... Et le résultat, c'est donc 165 jours/82, soit 2 jours. Les Français ont perdu en moyenne deux jours d'existence à cause du covid en 2020... Et par contre ils ont eu pratiquement un an de vie gâchée par les mesures de « lutte » qui n'auront pas beaucoup diminué le nombre de contaminés, puisqu'il est clair qu'on finira par s'approcher du seuil d'immunité sans que les vaccins y soient pour beaucoup, et qui auront par contre beaucoup augmenté le nombre de morts en exposant particulièrement les personnes les plus vulnérables au lieu de les protéger, outre toutes les victimes à venir du climat de peur et de récession qui augmentera inévitablement les suicides, les addictions et les retards de diagnostics ou de traitements.

2020 Pire année jamais vécue, couverture du Time fin 2020

Combien d'années perdues par les morts du covid ?

Cela nous amène à la notion d'« années de vie perdues », plus intéressante que le nombre de morts si on considère que la mort d'un résident en ehpad qui n'avait plus que quelques semaines à vivre n'a pas la même valeur que celle d'un étudiant ou d'un jeune entrepreneur qui avaient toute leur vie devant eux, sans même tenir compte du fait que les dernières années de sa vie sont rarement les plus gratifiantes. L'important est le nombre d'années que la personne a perdues, et donc quelle était son espérance de vie avant d'être atteint par le covid.

2 jours en moyenne pour 65 millions de Français, ça fait un total de 360 000 années perdues. Si on divise par les 64 600 morts du covid en 2020, on obtient une moyenne de 5,6 ans.

Mais d'après les données de l'état civil (pas encore définitives), il y a eu 667 200 morts en 2020 contre 613 300 en 2019, soit une augmentation de 53 900. C'est 10 700 de moins que le nombre de décès par le covid.

Une partie de ce « manque » peut s'expliquer par ceux qui ont été comptés comme morts du covid alors qu'ils sont morts de tout autre chose en ayant été testés positifs au covid... Ces fameux « morts avec le covid et non pas morts du covid » que les « rassuristes » voudraient très nombreux... Il y en a certainement un certain nombre, mais peu par rapport au nombre de morts réels du covid, et dans tous les cas si cela aboutit à une surestimation du nombre de morts du covid ça ne change rien au total d'années de vie perdues : il y a un peu moins de morts, mais ils avaient une espérance de vie un peu supérieure.

Et une autre partie s'explique aussi par ceux qui sont morts dans l'année, que les rassuristes voudraient aussi très nombreux pour pouvoir prétendre que le covid ne tue que des personnes en toute fin de vie. Ceux-là avaient donc de fait une espérance de vie très limitée, puisque les morts du covid en 2020 ont été contaminés en moyenne cinq mois avant la fin de l'année (une bonne partie en mars-avril, une autre en octobre-décembre). Ils diminueront donc très peu le total d'années de vie perdues en 2020, ni la moyenne perdue par les morts du covid.

Mais les mesures sanitaires prises contre le virus sont aussi en partie responsables de la différence de mortalité entre 2019 et 2020, et pas forcément dans le sens d'une augmentation.

Il est évident en particulier que les périodes de confinement se sont accompagnées d'une baisse des accidents (de la circulation, du travail, des activités sportives). La Sécurité routière a annoncé notamment que les accidents de la route ont fait 700 morts de moins en 2020 qu'en 2019.

On sait aussi, bien que ça paraisse contre-intuitif, qu'il y a eu moins de suicides que d'habitude pendant le confinement, et aussi ce qui est plus logique après le déconfinement, où on pouvait espérer reprendre une vie à peu près normale. Par contre, il est clair qu'ils ont augmenté depuis la reprise de l'épidémie en automne et le deuxième confinement. On ne connaît pas encore le bilan de l'année, ce qui est sûr c'est qu'il n'y a pas eu la vague de suicides redoutée par certains, mais je crains que ça ne soit que partie remise pour 2021.

Et on sait aussi qu'il y a eu beaucoup moins de morts de la grippe en 2020 (estimation à 3700) qu'en 2019 (6800). Les gestes-barrières destinés à combattre le covid ne sont pas les uniques responsables puisqu'ils n'ont été largement adoptés qu'après le maximum de l'épidémie de grippe, mais le fait est que la grippe a fait très peu de morts en 2020.

Et dans l'autre sens, il y a les morts dus à des retards de traitement ou de diagnostic. Morts qui s'accumuleront aussi pendant les années suivantes, mais il est certain qu'il y en a déjà eu un certain nombre en 2020. Le nombre annuel de morts par cancer ou maladies cardiovasculaires est proche de 300 000, il suffit donc d'un petit pourcentage supplémentaire pour ajouter des milliers de morts au bilan de l'année.

Et la sédentarité forcée a dû aussi causer un certain nombre de décès, le manque d'activités étant plutôt mauvais pour la santé.

Enfin, la vie d'un certain nombre de résidents d'ehpad a dû être réduite non pas par le covid, mais par les mesures d'isolation prises pour les « protéger », en les enfermant et en les privant de tout contact avec leurs proches.

Bref, on ne pourra faire un vrai bilan de tout cela que quand on connaîtra précisément le nombre de décès des différentes causes, pour les comparer à ceux de 2019. En attendant, l'estimation que j'ai donnée restera très imprécise : si l'épidémie a fait chuter les décès dus à d'autres causes, cela augmentera l'estimation des années de vie perdues par les morts du covid, et si c'est l'inverse ça la diminuera. Et l'effet pourra être très marqué, ces autres causes étant généralement associés à un nombre d'années de vie perdues très supérieur à celui des victimes du covid... Par exemple, une diminution de seulement mille cas d'accidents mortels qui feraient perdre en moyenne trente ans de vie à leurs victimes augmenterait de six mois l'estimation du nombre d'années de vie perdues par les morts du covid.

Une autre façon d'y arriver

On peut calculer ce chiffre différemment. On sait que l'âge moyen des morts du covid est de 82 ans en France. À cet âge, on a une espérance de vie de 9 ans. Si on veut être précis, il faut comptabiliser les morts et connaître l'espérance de vie pour chaque tranche d'âge, et faire une moyenne. Mais on trouve pratiquement la même chose, un peu moins de 9 ans.

Mais il faut aussi tenir compte du fait que le covid ne tue pas des personnes au hasard pour chaque tranche d'âge, il tue les personnes les plus fragiles, et c'est d'ailleurs pour ça qu'il tue aussi les personnes très âgées. L'âge n'est pas le seul facteur de risque (le virus ne va pas lire l'état civil des malades), il y a aussi les comorbidités, et on sait que les morts du covid souffraient souvent de maladies graves. L'espérance de vie moyenne perdue par les morts du covid sera donc nettement inférieure à celle de la moyenne des personnes de même âge.

Et il faut tenir compte aussi des morts en ehpad, qui représentent 30% des morts de covid et ont une espérance de vie encore bien plus faible. Tout ce que j'ai trouvé à ce sujet, c'est qu'on meurt en moyenne trois ans et demi après être entré en ehpad. L'espérance de vie est donc encore nettement inférieure, puisqu'il faut enlever le temps déjà passé par la moyenne des pensionnaires. Je n'ai pas trouvé de statistiques là-dessus, mais si on transpose la population d'un ehpad à celle de la France la durée totale de « séjour » correspond à l'espérance de vie à la naissance, et la durée déjà passée correspond à l'âge moyen... Soit respectivement 82 ans et 42 ans, pratiquement la moitié, et donc la durée restante, l'espérance de vie moyenne, est de quarante ans, légèrement inférieure à l'espérance de vie à la naissance. Dans les ehpad qui résentent une pyramide des âges assez différente, on peut supposer que ça sera un peu plus : un peu plus de la moitié de trois ans et demi, donc à peu près deux ans.

Notons au passage que l'âge moyen des résidents en ehpad est de 88 ans, et à cet âge-là on a une espérance de vie moyenne de six ans... Le fait d'être contraint d'aller en ehpad implique donc que l'on a une espérance de vie trois fois inférieure à la moyenne des personnes du même âge. Si le fait de devoir mourir du virus impliquait la même perte d'espérance de vie, le nombre moyen d'années de vie perdues par les victimes du virus serait de trois ans au lieu de neuf !

Le nombre de résidents en ehpad représente 20% de la population française du même âge, laquelle représente elle-même la moitié des morts du covid. Ils devraient donc représenter 10% des morts du covid et non 30%, il y a un excès de 20%. Donc, sans tenir compte des comorbidités, on aurait 80% des personnes atteintes du covid qui auraient une espérance de vie de neuf ans, et 20% qui auraient une espérance de vie de deux ans, la moyenne étant de sept ans et demi. Et en tenant compte des comorbidités, qui réduisent autant l'espérance de vie dans les deux cas puisque dans les ehpad aussi, le virus tue surtout les plus fragiles, on peut encore considérer six ans comme valeur raisonnable : ça n'est certainement pas plus, et ça ne peut pas être beaucoup moins.

Notons que des études publiées concluent à un chiffre nettement supérieur, de dix ans voire plus, mais je ne vois vraiment pas comment on peut y arriver alors que l'espérance de vie moyenne à l'âge où on meurt du covid est de neuf ans et que celle des résidents en ehpad est de deux ans, et il n'y a aucun doute sur cela. Ces études ont été menées avec les données d'autres pays que la France, la situation est donc peut-être différente, mais je doute que ça explique un tel écart, et en tout cas ici on s'intéresse d'abord à la France (pas par chauvinisme, mais parce que c'est déjà bien assez compliqué comme ça et qu'on ne peut guère espérer avoir une influence sur ce qui se passe ailleurs).

Quoi qu'il en soit, six ans de vie c'est loin d'être négligeable, d'où la nécessité de protéger les personnes vulnérables.

Mieux cibler les personnes à risque

En toute logique, il faudrait prendre en compte les années de vie perdues, plutôt que le simple risque de mourir, pour évaluer les facteurs de risque. C'est-à-dire qu'il faudrait que le « coefficient de risque » soit pour une personne le produit de la probabilité de mourir en cas d'infection par son espérance de vie restante. De cette manière, les personnes n'ayant que quelques mois à vivre, pour qui la vaccination serait une épreuve inutile et susceptible de les tuer ne seraient pas considérées comme personnes à risque, et les comorbidités seraient considérées comme un risque supérieur chez les jeunes que chez les vieux.

Et il faudrait aussi bien distinguer les risques de mourir et les risques de passer en réanimation, puisque ces derniers n'ont pas à être ainsi pondérés par l'espérance de vie, et les comorbidités à risque ne sont pas les mêmes dans les deux cas.

Calculer de façon assez pertinente un tel coefficient de risque aussi bien que l'espérance de vie demanderait un gros travail de la part d'un groupe d'experts, mais ça serait très utile : aussi bien si on en venait enfin à une optique de protection ciblée pour bien identifier les personnes à risque, et surtout leur permettre de s'identifier elle-même, mais aussi pour la stratégie de vaccination... Étant donné que les vaccins ne seront disponibles que graduellement au cours des mois qui viennent, et qu'il n'y a guère d'espoir que l'épidémie s'arrête avant, il est important de prioriser vraiment les personnes les plus fragiles pour limiter le nombre de morts ou mieux d'années de vie perdues.

Robert Alessandri



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